Le mot du Président


HOMOSEXUALITÉ-ÉGALITÉ-CONVIVIALITÉ !
Ouverte à toutes et à tous, cette association LGBT indépendante, du personnel de la RATP, vous permettra de participer à des activités distrayantes ou militantes, mais toujours très conviviales !
Nous garantissons une totale discrétion sur l'identité de nos adhérents qui le désirent...
Alors que vous soyez à l'exploitation, Maitrise ou Cadre, au métro ou dans tout autre secteur, de notre entreprise ou non, ROMPEZ l'isolement, REJOIGNEZ NOUS!
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Filoo,
Président.

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Article Fréquence (10-2008)


Homo à la Ratp : pas si gai !

C’est un tabou, un sujet évoqué à mots couverts, entre deux portes. Dans le monde du travail en général, et à la RATP en particulier, l’homosexualité fait peur. Encore trop tolérée, la discrimination sur la base de l’orientation sexuelle est pourtant sévèrement punie par la loi.

enquête1Nous les appellerons patrick, Philippe et Romuald. L’un travaille dans les bureaux à Bercy, le second est machiniste, le troisième est mécanicien à MRF. Leur point commun ? Ils sont homosexuels, plus ou moins à la connaissance de leurs collègues. Le premier s’est révélé de manière implicite, le deuxième à son initiative, le dernier à son insu, poussé à bout. Trois parcours différents et une constante : tous, à un moment donné, ont encaissé une remarque désobligeante ou une mauvaise blague liée à leur orientation sexuelle. Selon une récente étude de la Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité (Halde), 40 % des homosexuels se disent victimes d’homophobie sur leur lieu de travail et 85 % ressentent un climat homophobe. La RATP ne fait pas exception.


Machine à café,
de retour de vacances

enquête1Si dans les bureaux, Patrick attribue « à l’ancienneté » sa relative « paix au travail », Philippe a bénéficié de l’expérience d’un de ses collègues gays qui avait essuyé les plâtres. « Mais il m’arrive encore d’entendre des insultes, dit-il, c’est comme une épée de Damoclès. » Quant à Romuald, il a vécu une véritable « descente aux enfers ». L’affaire n’a pas donné lieu à une plainte à ce jour (lire encadré ci-dessous). Faut-il encore le rappeler ? L’orientation sexuelle, qui n’est pas choisie mais bien subie, au même titre que la couleur de peau ou le sexe, constitue un motif de discrimination sévèrement punie par la loi. Quand les réclamations lui parviennent, la Halde constate qu’elles « portent plutôt sur le déroulement de carrière que sur l’accès à l’emploi », observe Martin Clément, chargé des études et recherches à la Halde. « On dénie aux personnes qui ont une orientation sexuelle différente, la capacité à assumer certaines fonctions, précise-t-il. Les préjugés sont d’ailleurs les mêmes que pour les femmes. Ainsi, le caractère efféminé est réputé incompatible avec l’exercice de responsabilités. » Pour autant, le président de l’association d’homosexuels de la RATP, Homobus, ne revendique pas « de porter l’homosexualité comme un étendard ». « On n’est pas obligé d’en faire état au boulot mais, le cas échéant, il faut pouvoir en parler naturellement, sinon cela engendre une certaine souffrance », affirme-t-il. L’enquête réalisée par la Halde montre en effet que les homosexuels déploient des stratégies de contournement très importantes pour ne pas s’afficher dans le cadre professionnel. « Spontanément, les responsables de ressources humaines mettent de côté cette question, considérant qu’elle relève de la sphère privée, poursuit Martin Clément. Pourtant, les salariés disent qu’elle est particulièrement présente. À la machine à café, de retour de vacances : autant de lieux, de moments, où sont évoqués les éléments de la vie personnelle. Un phénomène pervers peut alors s’installer : la personne qui ne parle pas de sa vie privée paraît moins chaleureuse au point de se retrouver peu à peu discréditée pour accéder à d’autres postes. » Les mécanismes sont connus, ils sont propres à toutes les formes de discriminations.


La RATP à la traîne

enquête2Avoir la possibilité d’être soi-même… ou pas. Obtenir les mêmes droits que les couples mariés pour les couples pacsés… « Nous ne voulons pas nous sentir relégués au rang de citoyens de seconde zone », lâche Philippe, qui cite Peugeot en exemple, où « les couples ont six jours de congés pour se pacser » contre… zéro à la RATP. À la SNCF, « l’égalité des droits est presque obtenue », se félicite le coprésident de l’association d’homosexuels « Gare ! ». 4 jours de congés pour la signature d’un PACS, 3 jours en cas de décès du partenaire (4 à la RATP). De même, les pacsés de la SNCF bénéficient d’avantages de circulation (idem à la RATP). Surtout, l’association Gare ! se réjouit « d’un bon partenariat avec la direction », qui ne reste pas sans réaction lorsqu’elle est alertée de cas d’homophobie en son sein. Récemment, c’est le Crédit Agricole qui a fait à son tour un pas en faveur de la reconnaissance des droits. « Certains vont plus loin », assure le représentant de la Halde. À la RATP, où il y a encore du chemin à faire, le malaise peut se mesurer à l’aune de la durée de vie d’une affiche d’Homobus dans les terminus : « Pas plus de 24 heures », selon le secrétaire de l’association. Et « lorsque la direction publie un livret sur les discriminations, elle omet de mentionner celle liée à l’orientation sexuelle », rapporte le président d’Homobus. Or, dans ses recommandations, la Halde évoque précisément la responsabilité de l’employeur dans le combat contre l’homophobie. Pour commencer, celui-ci ne doit « pas opérer de hiérarchie entre les critères de discrimination légalement répréhensibles, dans sa politique de communication et d’affichage », affirme Martin Clément. Il est également conseillé de « disposer d’un système de recours ou d’alerte interne qui relaie des propos déplacés, des méchancetés, avec la garantie de la confidentialité, de l'anonymat. Les processus sont subtils, et pour en avoir conscience, il faut que l’information remonte », ajoute-t-il. Enfin, l’entreprise doit mettre en œuvre une « politique de protection du salarié, communiquer autour des sanctions éventuellement prises. L’idée est de parler du sujet, d’arriver à lever un tabou ». Sur ce terrain, les syndicats ont également un rôle à jouer. Selon l’étude de la Halde, 89 % des homosexuels interrogés pensent qu’une meilleure visibilité des syndicats dans ce domaine leur permettrait de mieux vivre leur orientation sexuelle. Sollicité pour venir en aide à Romuald, victime d’homophobie dans un atelier, le secrétaire du CHSCT de MRF Daniel Meric s’est heurté aux limites des dispositifs existants à la RATP qui peuvent faire une publicité indésirable à leur victime. « La discrimination raciale est presque plus facile à défendre, car on peut dénoncer clairement les choses, estime-t-il. Là, j’ai dû intervenir en catimini pour ne pas que ça se sache ». Sans succès. « C’est terrible, car on ne lui a pas permis de travailler parmi nous », conclut-il.

[Texte : Virginie Cuisinier - Photo : ©Alfredo Piola/Artlist - Dessins : ©Anne Maurange]

La descente aux enfers d’un jeune mécanicien

En difficulté pour assumer son homosexualité dans le cadre du travail, Romuald a été confronté aux préjugés et à l’hostilité de ses collègues, puis à l’impuissance de sa hiérarchie, avant que l’étau se resserre. Un calvaire.

Romuald est passionné de trains. Titulaire d’un bac pro et d’un BEP, il a suivi avec succès une formation à Noisiel avant d’occuper un premier poste de mécanicien d’entretien à MRF. Il semblait donc bien armé pour accepter une mission d’encadrement dans un autre atelier du département. C’est en tout cas ce qu’il croyait. Car une fois gommées ses « manières », comme il dit, le jeune homme de 24 ans ne pensait pas que ses centres d’intérêts artistiques éveilleraient les soupçons sur son orientation sexuelle et que l’homophobie de certains collègues serait si impunément affirmée. « Les pics et les blagues fusaient, se souvient- il. Au départ, j’entrais dans leur jeu. Jusqu’au jour où j’ai entendu assimiler l’homosexualité à la pédophilie, et je n’ai pas pu laisser passer. Les attaques se sont alors faites plus directes à mon encontre et cela a commencé à empiéter sur mon travail, je me sentais à la fois moins intégré et plus contrôlé qu’un autre. » Acculé par ses collègues, remis en cause dans son emploi, Romuald perd pied : « J’avais toujours ma conscience professionnelle mais j’étais déboussolé. » Son médecin généraliste l’oriente vers un psychiatre qui diagnostique une dépression nerveuse et lui prescrit des antidépresseurs. « Mon cadre m’a fait comprendre que si je redressais ma productivité, je n’aurais plus de problème d’homophobie », racontet- il. Il a fallu une deuxième entrevue assistée d’un délégué du personnel pour aboutir à une tentative de médiation. En vain. « Certains ont cessé, mais d’autres ont renforcé leur mépris. Je n’avais plus droit aux “bonjours”, je ressentais de la haine. » En arrêt de travail, Romuald est taxé de « paresseux », de « tir-au-flanc ». « Je me levais le matin avec la boule au ventre », se remémore-il. De guerre lasse et avec l’intervention de son psychiatre, il se retrouve aujourd’hui « dans un placard », « à coller des étiquettes à longueur de journée ». « J’aurais tôt ou tard fini par assumer mon homosexualité, mais dans le milieu ouvrier c’est une étiquette lourde à porter », s’excuse-t-il presque, avant de rappeler qu’il avait choisi d’entrer à la RATP pour assouvir sa passion des trains. Un objectif dont il est aujourd’hui très loin.


Une infraction punie dans le code pénal et le code du travail

Le code pénal indique que « constitue une discrimination toute distinction opérée entre personnes (…) en raison de leur sexe, de leurs mœurs, de leur orientation sexuelle » (article 225-1). La sanction peut atteindre trois ans d’emprisonnement et 45 000 euros d’amende (225 000 euros pour une personne morale). L’interdiction est également mentionnée dans le code du travail qui punit toute discrimination à l’égard d’un salarié en raison de son orientation sexuelle (article L 122-45). Enfin, aux termes de la loi de 2004, l’injure homophobe peut coûter à son auteur jusqu’à 6 mois de prison et 22 500 euros d’amende. Cette même loi a institué la Halde (Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité) qui peut être saisie par n’importe quelle personne s’estimant victime de discrimination. La Halde a un pouvoir d’enquête. Elle peut jouer un rôle de médiation et de relais avec les juridictions compétentes en vue d’obtenir une réparation financière, la réintégration au poste de travail et la reconnaissance des droits.

Du côté de la direction et des syndicats

« Il n’y a pas de problème d’homophobie à la RATP. » Le constat de Luc Roumazeille, directeur de l’unité Prévention et santé au travail, est clair. « Que ce soit par le réseau des assistants et assistantes sociales ou autres, nous n’avons aucun écho de problèmes particuliers. Sur ce sujet, les mentalités ont très rapidement évolué ces quinze-vingt dernières années, à la RATP comme ailleurs, c’est une situation désormais banalisée. » Pas besoin donc de dispositif spécifique pour la direction : « Des agents ponctuellement en difficulté peuvent effectuer une "demande d’attention" (une procédure pour régler des conflits individuels avec l’arbitrage de la hiérarchie, ndlr). » Pour Luc Roumazeille, le climat général de la RATP est aujourd’hui des plus sains, exempt de toute forme de discrimination. « C’est vrai que la direction ne fait pas de discrimination sur la base de l‘identité sexuelle », confirme Jacques Eliez, secrétaire de la CGT-RATP, seul syndicat réactif sur le sujet. « Pour autant, l’homophobie existe au quotidien, dans l’entreprise comme dans le reste de la société. C’est effectivement une discrimination sournoise, avec des situations rarement avérées et, le plus souvent, le fait de salariés eux-mêmes. » Pour lui, la « demande d’attention » est un dispositif insuffisant en la matière : « Il ne faut pas que les salariés en souffrance sur leur orientation sexuelle restent isolés, coincés dans une problématique qui leur serait personnelle. » La CGT-RATP suggère donc la mise en place de dispositifs d’alerte efficaces, des campagnes éducatives dans l’entreprise et va solliciter la direction pour que l’égalité de droits entre salariés mariés et pacsés soit pleinement appliquée sur le terrain. « Affronter l’homophobie, c’est démonter le mécanisme de toutes les discriminations. C’est fondamental pour l’égalité, pour la dignité de tous les salariés. »

En cas de problème...

En cas de problème d’homophobie sur votre lieu de travail, n’hésitez pas à contacter l’association Homobus qui offre une écoute et des conseils (01 58 77 39 42). Vous pouvez également en parler à l’assistant(e) social(e) de votre secteur, au délégué du personnel ou à un représentant syndical. Sachez d’ailleurs que la CGT s’est engagée dans le combat contre l’homophobie. Retrouvez sur son site le dossier qui lui est consacré (www.cgt.fr, rubrique égalité au travail). Il existe aussi des lignes d’écoute anonymes, comme celle de l’association SOS Homophobie : composez le 0 810 108 135 (n°azur accessible tous les jours) ou le 01 48 06 42 41. Et aussi : www.homobus.net
www.sos-homophobie.org
www.halde.fr
www.homoboulot.org

 
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