LES 80’S : La délivrance, le SIDA, le début de l’hécatombe, la NEW WAVE et les
nouvelles égéries…
SOCIETE
Francois Mitterrand prend le pouvoir et les homos sentent souffler un vent de liberté. L’homosexualité est dépénalisée
en 1981 par Robert Badinter qui abolira également la peine de mort, et un peu plus tard, c’est l’O.M.S. qui retirera l’homosexualité de la liste des maladies mentales.
De nombreux commerces arborant le rainbow flag s’installent entre les Halles et Le Marais. Bars, restaurants et boîtes se spécialisent dans une clientèle avide de fête et de
reconnaissance. Les cultes du corps et de l’apparence prennent un essor considérable dans la communauté masculine. Le gay « branché » va boire un verre au Central, en sortant du boulot, lit Gay Pied Hebdo, mange un bout au Diable des
Lombards, achète ses livres aux Mots à la Bouche, termine ses soirées à la Scala ou dans des
backrooms en cherchant le sexe facile, à 2 ou à plusieurs, s‘isole tranquillement devant une vidéo de Jeff Stricker, nouvelle icône gay des productions
Falcon…
Le corps a pris le pas sur l’esprit… C’est une « libération de tous les sens »… Les « ghettos » se forment également dans les grandes villes de province, sur le modèle de San Francisco, New-York, Montréal, Berlin ou Londres… Mais seuls les
gays et lesbiennes habitant près des grandes villes peuvent dès lors commencer à vivre ouvertement une vie qui leur correspond. Il reste encore du chemin à parcourir : seulement
un quart de la population considère l’homosexualité comme « une manière acceptable de vivre sa sexualité ». Il n’est pas si facile de
dévoiler sa vie à ses proches… le risque de rejet, d’isolement, est bel et bien présent, et beaucoup préfèrent encore vivre cachés, tant de leur famille, que de leurs collègues de travail. On
continue à entretenir l’esprit de communauté pour se sentir reconnu.
SIDA
Pendant ce temps, des chercheurs alertés par des symptômes retrouvés chez plusieurs homosexuels masculins, isolent un rétrovirus, que l’on nomme d’abord « cancer gay ». Découvert dans un premier
temps sur quelques sujets aux Etats Unis, puis très vite en France, ce syndrome se repend à travers le monde gay… C’est seulement en 1983,
que l’existence de cette maladie sera de notoriété publique. Elle sera dénommée SIDA (Syndrome d’Immuno-Déficience Acquise). Le monde ne semble pas
réagir pour lutter contre cette pandémie qui semble ne toucher que les homosexuels. Les patrons d’établissements gays mettrons du temps à réagir et à
comprendre que la distribution de capotes dans les bars et backrooms doit se faire à discrétion pour préserver la clientèle, sur-consommatrice de sexe. La mort s’installe dans la nouvelle
gay-attitude.
La classe politique se bat sur fond de SIDA. L’extrême droite et les milieux catholiques voient là une nouvelle manière de diaboliser les homosexuels. Les déclarations haineuses sont légions. La
maladie progresse à grands pas passant de 11 cas en 1981, à plusieurs milliers en 1984.
Lassés de voir que ce fléau n’est pas pris au sérieux, et à la suite de la perte du philosophe Michel Foucault (militant actif des années 70), de qui
il fut le compagnon pendant 25 ans, Daniel Defert, crée avec quelques amis, une association qui va dès lors tout mettre en œuvre pour tenter de faire
évoluer les mentalités. AIDES verra le jour en 1984 et multipliera les actions « coups de
poings » pour que les prises de conscience s’installent dans le milieu homo et chez les politiciens. Distributions sauvages de préservatifs et de tracts informatifs dans les établissements
gays et sur les lieux de dragues, campagnes de photos chocs pour montrer l’évolution de la maladie… Mais le nombre de séropositifs continuent à progresser…
MUSIQUE
Parmi les grands événements des 80’s, la libération de la bande FM va créer un véritable raz de marée culturel. Les radios privées se multiplient,
donnant de nouveaux moyens d’expressions, et offrant une nouvelle fenêtre sur la musique.
Certaines, peu riches, partagent même une fréquence avec d’autres consœurs. C’est le cas de Fréquence Gay, qui n’émet que sur Paris et l’Ile de France
: quelques chanceux ont la possibilités d’écouter le mardi soir « Zaza la Tep’ » qui fait son show ultra libéré dans son émission
Future Génération… certains s’en souviennent encore ! Cette petite radio deviendra FG, à destination
d’auditeurs plus variés, après avoir contribué à une ouverture
d’esprit du public…
tRadio 7 distille des morceaux underground d’artistes indépendants, préfigurant la
New Wave, et assurant la continuité des musiques de groupes punk comme The
Clash, Joy Division, ou assurant la promo de "petits groupes" français comme Téléphone, ou
anglais comme U2 ou Police, ou plus tard de Depeche Mode ou The Cure…
L’ambivalence des chanteurs devient un fer de lance des nouvelles modes. De jeunes créateurs profitent de l’occasion pour se faire un nom.
Jean-Paul Gaultier créera des jupes pour homme et exploitera l’image du « Mâle » (décliné en
parfum), à la façon d’un film de Fasbinder, Querelle, adapté lui-même d’un roman de
Jean Genet. Yves Saint Laurent lancera le "smoking pour femme" : Catherine
Deneuve sera son ambassadrice de charme.
De grandes radios plus commerciales s’installent aussi d’abord à Paris puis en région. C’est le cas d’abord de RFM, la première, puis vient
NRJ qui devient ambassadrice de nouveaux groupes émergeant de la pop anglaise ou de la funk, un dérivé de la disco qui prend du coup un goût suranné. Un maître incontesté de ces années s’installe en "King Of Pop" : c’est Mickael Jackson, qui en crée et interprète de minis-films musicaux à grand spectacle, comme Thriller. Chaque
fréquence tend à se spécialiser dans un style de musical.
Parmi les artistes émergeants de ses radios, se distingue aussi une jeune et jolie rousse, Mylène Farmer, qui dès son premier 45 tours se la joue
ultra-provoc’, en chantant à la France entière, qu’elle aime l’infirmière et que Maman a tort…
Mais elle fera encore plus fort avec des clips aux scénarii très aboutis réalisés par Laurent Boutonnat. Libertine, va permettre de captiver un public rallié à ses univers à la fois gothiques et romantiques, empreints de mystères et de mélancolie… En 1985, elle
se transformera très vite en égérie en entonnant que Sans Contrefaçon, « [elle est] un garçon » !
Surfant sur la New Wave "à la française", deux jeunes parisiens, les frères
Syrkis, forment le groupe Indochine avec 2 autres acolytes aprés avoir répondu à une petite annonce de et Rock & Folk. 3 ans plus tard, ils sortent un titre très
évocateur de la nouvelle tendance : Troisième Sexe.
Des groupes plus militants de la cause homosexuelle arrivent d’Angleterre comme Pet Shop Boys, Boy GeorgeCulture Club, Morrissey et The
Smith. La voix très haut perchée d’un blondinet aux allures de Tintin, Jimmy Summerville, avec son premier groupe Bronski Beat, va exposer au grand public le mal de vivre des
homos contraints, par cause d’incompréhension de leurs proches, de tout quitter pour aller vivre pleinement leur vie, dans les grandes villes… Beaucoup de gays, en pleine crise identitaire, vont
se retrouver au travers des images de ce jeune banlieusard…
D’autres groupes se la joueront plus provoc’, comme Frankie Goes To Hollywood qui dans son clip Relax, longtemps censuré sur les chaînes de télé, montrera une véritable
orgie homo.
Aux Etats-Unis, une petite italienne jouera les provocatrices en apparaissant
dans des clips dans des tenues ultra sexy, et profitera de la funk pour se faire un petit nom : Madonna. Elle s’attaquera très vite aux préceptes de l’Eglise, et montrera dans l’un de ses
titres, Like A Prayer, un Jésus black, à qui elle semble faire des avances. Ce titre lui vaudra une condamnation du Vatican, mais surtout une notoriété
internationale !
Elle deviendra elle aussi l’une des icones gays les plus adulées.
Les gays s’éclatent sur les pistes du Boy, la boîte tendance de la fin des années 80 à Paris, ou un jeune DJ du nom de Laurent Garnier, mixe ensemble des titres en y
introduisant la house, venue de Chicago, rythme répétitif prolongeant les morceaux existants pour les enchainer les uns aux autres…
Les Gay Pride rassemblent 10.000 personnes à Paris et les débuts de la lutte contre le SIDA leur donne une nouvelle raison d’être en en faisant de vrais moments de
militantisme.
Mais la fête continue à battre son plein, malgré l’hécatombe qui ne tarde pas à faire disparaître des célébrités telles que Klaus Nomi, chanteur allemand à la voix de castra,
Rock Hudson, star hollywoodienne, Thierry Le Luron, imitateur et humoriste qui avait organisé un mariage ultra-médiatique avec Coluche…
La semaine prochaine nous évoquerons les années 90 avec l’arrivée de la House et une
nouvelle forme de militantisme pour l’égalité des droits…
Article proposé par Filoo.